Littérature étrangère : Un bref instant de splendeur – Ocean Vuong

« Tu es une mère, Maman. Tu es également un monstre. Mais j’en suis un aussi – et c’est pourquoi je ne peux me détourner de toi.»
Un bref instant de splendeur est une lettre d’un fils à sa mère. Une lettre qui retrace ses souvenirs comme on écrit des poèmes, des morceaux de nous qui nous construisent et nous détruisent simultanément. Ces souvenirs sont des douleurs mais aussi des bonheurs. Ce sont des moments vécues ou des histoires entendues.
Cette lettre, c’est l’histoire de Lam, sa grand-mère, née et ayant grandi au Vietnam, s’étant nommée elle-même ainsi, car sa mère, elle, l’avait appelé sept, comme son rang dans sa fratrie. Lam, sa grand-mère donc, qui fuira un mariage forcé et devra se prostituer pour sauver sa fille avant de rencontrer son mari, Paul, un soldat américain qui deviendra le grand-père de l’auteur, bien qu’il ne le soit pas par le sang. Cette grand-mère qui a fui le Vietnam et qui reste marquée par les bombes de son enfance, bombes littérales mais aussi celles, invisibles.
Cette lettre, c’est aussi Hong, sa mère, analphabète et qui ne pourra probablement jamais lire ces mots. Ce sont des morceaux de sa vie, tout autant que la sienne. A travers ces souvenirs, on peut voir cette mère d’un père américain et d’une mère vietnamienne, jamais chez elle au Vietnam et jamais chez elle aux États-Unis.
A travers le regard de cet enfant, nous avons devant nous l’histoire de cette famille qui en représente tant d’autres. Ces êtres emmêlés qui vivent par et pour les autres. Cette mère qui pouvait frapper son fils de colère et qui pourtant du jour au lendemain, alors qu’il a dit stop, ne le frappera plus jamais ou encore, son travail au salon de pédicure et les odeurs des produits chimiques. Un souvenir de sa tante Mai viendra poser un voile sur le personnage de cette mère, celui où de colère, elle se rend à l’adresse de sa sœur pour la récupérer face à son mari qui la bat, mais alors armée de sa machette, on apprend que sa sœur qu’elle était venu sauvée n’habite plus ici depuis des mois. Le début de la déchéance ?
Et puis arrive son adolescence, son premier boulot, où mentant à sa mère, il se rend dans les champs de tabac. Il y rencontrera Trevor, celui qui lui fera découvrir que le travail n’est alors pas forcément la chose la plus brutale, mais que le désir peut le devenir. Il apprend à vivre avec et pour lui et passé les premières émulations, la compréhension de son être. Il dira lui-même « Être ou ne pas être. Telle est la question. Une question, oui, mais pas un choix. ». Survient la révélation à sa mère, qui précède celle de cette dernière, il avait un frère. Cette adolescence qui sera marquée par les journées dans les champs, sur leur vélo et le père alcoolique de Trevor qui dit savoir et entendre ce qui se passe.
Enfin, il y a le deuil. L’affronter et l’accepter. Les souvenirs restent comme son départ pour la fac, Trevor à ses côtés, défoncé et cet adieu qui n’en est pas un. Il dira alors « Ce que je te raconte n’est pas tant une histoire qu’un naufrage – des fragments qui flottent, enfin déchiffrables. »
Cette lettre, c’est Trevor, c’est Lan ou encore Hong. Il y a les morts et les vivants dans ces mots qui mêlent les plus grandes joies avec les plus grandes tristesses.
Cette lettre, c’est l’écart entre deux cultures, mais aussi le rejet. Le fait de ne pouvoir pleinement appartenir à l’une ou l’autre de ces cultures qui font pourtant partie de lui, de nous. C’est la compassion de sa mère dans l’avion, l’inexistence du je t’aime en vietnamien qui laisse place aux gestes, l’opposé des gifles et coups reçus.

Enfin, cette lettre à sa mère est un acte de rédemption face à sa propre vie, face aux choix qui nous façonnent et à ces moments inattendus qui peuvent tout faire basculer. La vie est une guerre, la création de la beauté et ses mots pour la décrire, ses souvenirs pour marquer l’éternité.
Cette lettre est une ode à la vie, à la fois poétique et magnifique. Et être magnifique, dira-t-il, c’est ne connaître qu’un bref instant de splendeur.

Chez Gallimard – Commander

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